Balayeur

 

 

Quand je serai grand,

Je serai balayeur,

Cheveux au vent,

Devançant l’aube,

J’ôterai le fard

Aux nuits de trop plein

Et nettoierai

Les cernes des trottoirs,

Je soulagerai les paupières des allées

Des charges de trop de veille

Et promènerai mon balai

Dans les plus intimes recoins,

Même les plus belles avenues

Ne pourront me résister,

Je saurai les déshabiller,

Rendre leur éclat naturel,

Et chaque jour me permettra

De voir leur beauté retrouvée,

Oui, je dois être balayeur.

Quand je serai grand (Bruno Duclau d’Aubigné, Poésie)  -  © 2009 Éditions Le Solitaire

Peintures :  Mylène Fondecave

 

Tous droits réservés  -  Reproduction interdite

 

 

 

 

 

 

 

Croque-mort

 

 

Quand je serai grand,

Je serai croque-mort,

Pour conjurer le mauvais sort,

Ou pour me jouer de la mort,

Je la narguerai, l’exciterai,

Jouerai des nerfs et des artères,

Et si un jour je perds la main,

Et qu’à mes pieds elle se tient,

Je lancerai encore les dés,

Pour une dernière mise endiablée,

Même si je sais que, de nous deux,

C’est elle qui gagnera le jeu,

Il sera alors temps de glisser,

Dans le trou que j’aurai creusé,

  J’hésite encore à être croque-mort.

 

 

 

 

 

 

 

Potier

 

 

Quand je serai grand,

Je serai potier,

Du kaolin câlin,

À la glaise de braise,

Je laisserai mon esprit

Dans l’argile s’insinuer,

Libre de s’y glisser,

De pousser, d’ériger,

Avec application,

Je répèterai les gestes

De nos pères, nos ancêtres,

Puis remplirai mes plats,

Mes vases et mes jarres

Des souffles de mes envies,

Des parfums de nos vies,

Je tournerai bien en potier.