4 ans

 

 

Papa n'aime pas le garçon

 

 

Papa n’aime pas le garçon,

Il n’aime ni les chansons de grand-mère, ni les histoires de mémé.

Toujours il doit se taire, Tais-toi, tais-toi, tais-toi !!!

Il n’aime que sa sœur, qu’il cajole, câline, embrasse.

Papa n’embrasse jamais le garçon.

Pourtant le garçon aime Papa, réclame des câlins, des bisous, mais rien.

Le garçon a compris, Papa n’aime que les filles, alors fille il sera.

Comme sa sœur, il se met à minauder, fait les yeux doux,  joue avec ses cheveux,  

montre à Papa comment lui aussi coiffe bien les poupées.

Papa n’aime pas non plus.

Non, décidément, Papa n’aime pas le garçon !

 

 

12 ans

 

 

Je ne suis rien

 

 

« Je ne suis rien, rien du tout » dit le garçon.

Une fille sans talent et peu convaincante,

un garçon raté, trop de fille dedans.

Tout le monde à l’école le voit, rit, se moque.

« Non décidément, je ne suis rien de bon,

que du mauvais, de la contrefaçon. »

Pourtant, il veut être ce qu’il y a de mieux, être beau et séduisant,

mais il est ce qu’il y a de pire, de répugnant, de repoussant.

Heureusement, Nounours est là pour parler,  triste aussi.

Alors le garçon le console, lui promet que lorsqu’il sera grand tout sera différent.

On l’aimera et on sera fier de lui.

Nounours est enfin calmé et s’endort contre son épaule.

 

 

14 ans

 

 

La maquette

 

 

Le sapin clignote,

les cousins, cousines, oncles et tantes, tournent autour comme des papillons.

Dessous il y a les cadeaux, chacun cherche le sien.

Le garçon a fait le tour des paquets sans succès.

Il attend donc dans le coin de la pièce que tout le monde ait pris le sien.

Le cousin a bien son village d’indiens,

sa sœur sa trousse de maquillage,

la cousine ses livres de Jules Verne.

Les parents eux aussi ont tous leur cadeau.

Peut-être que quelqu’un a pris le sien par erreur.

Mais non, ils s’embrassent.

Il n’y a plus rien sous le sapin.

Pas de cadeau pour le garçon.

Dans son coin, les yeux brouillés,

« Il n’y a rien pour moi ? »

Son cadeau a été oublié sur l’armoire, dans la chambre.

Maman va le chercher.

Il n’est pas emballé.

C’est une petite maquette de maison, pour égayer le parcours de son train électrique.

Le garçon regarde la boîte.

Il la montera…  plus tard.

Paroles de garçon (Bruno Duclau d’Aubigné, Poésie)  -  © 2008 Éditions Le Solitaire

 

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