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Je me suis couché sur un carton. Je vous le dis comme ça avec mes mots à moi. Mon pied gauche, je ne le sens plus. Il vit sa vie, sa vie de pied gauche pourri. Je me suis couché sur un carton même pas à moi. Emprunté à un tas. Un tas de quoi ? Un tas, je vous dis ! De ces tas qui montent partout, qui s'étalent, qui encombrent. Je me suis couché sur mon carton. Tiens, il est à moi. C'est bien la première fois que j'ai quelque chose à moi. Un bout de tas à moi. Je me suis couché sur mon carton. Et j'ai senti des regards sur moi. Je vous le dis comme ça, comme ça, avec mes mots à moi. Aujourd'hui il pleut ! La rue est à tout le monde alors j'ai mis mon chat sur le carton avec moi. Mon chat, façon de parler. Un tombé des poubelles. Un qui s'est fait la belle. Pas compliqué l'ami, il a tout de suite compris. Aujourd'hui il pleut ! Je ne verrai que leurs pieds. Leurs pieds de gens pressés. Pressés de passer. C'est drôle quand il pleut. Ils ne regardent que leurs pieds. Les jours de pluie, eux et moi, on regarde la même chose. Et le chat ? Le chat, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il regarde, lui, le chat. Parce que des pieds de chat, ça n'existe pas. Et comme on ne regarde que ce que l'on a… Enfin je crois. Pousse toi, le chat ! Ils sont tellement pressés qu'ils vont t'écraser. Aujourd'hui il pleut ! Ils oublient de nous regarder. Ils ne nous voient pas. Le chat, le carton, et moi. |
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Eh Eh ! Faudrait voir à pas m'écraser. J' suis là ! Les deux pieds près du cabas : c'est moi. Reste là, pépé. Qu'y m'ont dit les p'tits. Y a trop d' monde : c'est la braderie. M'ont assis sur la margelle du puits et y sont partis C'est pas que j' m'ennuie. Y a d'aut' gars comme moi, les deux pieds près d' leur cabas. Le puits l'est ben joli. Y a des fleurs. Des soucis, que j' crois. Des soucis, j' m'en fais ben queq zuns. C'est qu'y a un moment qu'y sont partis, les p'tits. Avec les aut' gars on s' regarde. On s' parle pas. D'ailleurs, on s'entendrait pas. C'est qu'y a du bruit dans c'te braderie. Viens papi ça te distraira. Qu'y m'ont dit les p'tits. Et puis, y m'ont laissé là, les deux pieds près du cabas. Y zont juste oublié de dire quand y r'passeraient. Eh ! Faudrait voir à pas m'oublier ! |
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Si je
dérange (Mylène Fondecave) - ©
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