|
Pays Toits d’arêtes vives, tranchants, enchevêtrés. Feuilletage laminé. Toits aux cheminées arrogantes dégueulant des déchets. Usines imbriquées, enchâssées, labyrinthes métalliques. Tuyaux déjantés des sirènes hurlant à l’heure, au labeur, à la peine. Hordes d’hommes pressés. Pointés, Pointage. Gare à l’amende ! Au quart d’heure non payé pour une minute égarée. Hordes d’hommes exploités, sous-traités. Laminoir carnassier qui gueule les brûlures de l’ardent foyer. Barres roulées, fraîchement moulées, transportées par des mains à peine gantées. Barres fondues, éjectées par des corps aux sueurs glacées. Laves écoulées des fours béants. Enfer permanent. Région gris fumé, gris acier. |
Mon père
Comme un ailleurs déjà, un
ailleurs éveillé, toute sa vie se trouva soudain résumée en un
"Excusez-moi" péniblement articulé. "Excusez-moi" dans un souffle prononcé, sonnant comme un pardon, une vie qu’on expie, qu’on laisse à reculons. Respectueuses révérences
d’humilité d’une petite vie qui prend
congé. "Excusez-moi" du fond de l’âme, du fond du cœur. Un cœur trop gros sur le
moment, trop plein de choses à dire pour être exprimées dans un
temps compté. Raccourci qu’un esprit usé, évidé par la douleur, laisse comme un message à réentendre, à relire, à repenser, à revivre. |
|
Gris
acier (Mylène Fondecave) - ©
2005 Éditions Le Solitaire - Tous droits réservés -
Reproduction interdite |