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Les
divans blancs (Mylène Fondecave) © 2011 Éditions Le
Solitaire Tous droits réservés
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Douce et chère Julia, Goût salé Tout commença un
soir d’été. Les maisons
s’alignaient, se poussant du mur et du toit, plissant leurs lézardes. Les volets disloqués
ombraient les façades. Puzzle géant que
chaque coup de vent disposait autrement. Des lierres en trompe-l’œil, des bancs en
faux-semblant, la rue s’étirait
jusqu’à l’océan. Lire, dans les souffles encore chauds d’un soleil
épuisé. Lire tes lettres à
demi-mots, à mots comptés, à mots câblés. Du sable sur les chaussettes. Du sable dans les
souliers. Du sable sous la
tête et tes lettres à mes
pieds. Mes yeux se sont fermés. Mon rêve s’est ouvert sous tes baisers
salés, goût caramel au lait
entier. Ma bouche s’est ouverte mais pour te
murmurer un tant soit peu de
mes secrets. Le vent à mes côtés devenait plus présent. Tes lettres
l’attiraient. Simple curiosité ou
simple amusement, il s’en empara sournoisement. De soupir en désir,
sous ses caresses ailées, elles frémissaient. Les plus hardies tourbillonnaient ouvertes, offertes, et s’élevaient dans
les nuées. Les plus discrètes restaient pliées, caracolaient vers
les rochers et dans les creux se
faufilaient. Les lascives s’offraient aux remous, aux algues, à la boue. Le ciel se chargea d’ombre. La plage se fit
collante. Lassé, le vent les
délaissa. Décolorées, Il me restait souvenir de toi un peu d’encre sur les doigts. Les volets
filtraient le jour. Les façades
s’éclairaient. Teint pâle des nuits
agitées. Les toits se
réchauffaient. De lierres en
trompe-l’œil, De bancs en
faux-semblants, mes pas me
précédaient. Envie de dormir. Envie de partir. Tes lettres s’égouttaient. Larmes d’encre et de
papier. Mots doux en
ruisselets se répandant joliment. Tes 'je t’aime'
me suivaient en un filet bleuté. Mes yeux se sont fermés. Mon rêve s’est
ouvert sous tes baisers mouillés goût d’un amour de
fin d’été. Le ciel se chargea d’or. La plage se fit
brûlante. Le vent, ce jour-là, ne souffla pas. La mer a ce goût étrange des choses qui ne finissent
pas. Rémi |
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La mine du crayon suivait les lignes, noircissait
quelques mots rompant ainsi l’harmonie des traits, puis repartait en quête
d’une autre retouche. Elle
s’était installée à la terrasse d’un café, avait ouvert une chemise cartonnée
de laquelle elle tirait un à un les feuillets. Elle
avait commandé un café. Chaud
! Les
mots défilaient sous ses yeux, heurtaient un moment son attention puis
renaissaient du crayon correcteur : petits coups incisifs qui
refaçonnaient le texte, remodelaient les idées, rebrodaient les mots pour un
relief nouveau. Ses
cheveux la gênaient. De fines mèches glissaient sur la page au gré du souffle
d’air qui s’imposait peu à peu sur la place. Les
bars allumaient leurs enseignes. Le
ciel se teintait d’un gris léger. Le
crayon s’était levé, soudainement arrêté. Le mot résonnait dans son esprit
troublé, entretenait l’écho, le transportait. La
terrasse s’était illuminée projetant sur la table l’ombre de la tasse. Le
café ! Froid
! Elle
rassembla les feuillets dispersés, déposa quelques pièces de monnaie dans la
soucoupe et se leva. & La rue absorbait ses pas. Rue
sans verdure où les pierres succédaient aux pierres. Les pierres, témoins
muets d’une petite vie qui chavirait. Les pierres, soumises à l’âpreté, à
l’usure du temps. Les
mousses les recouvraient d’un velours satiné et la gelée les avait fissurées
de rides centenaires : étrange vieillissement à son être pareil. Depuis
des mois, elle s’efforçait de rayer de son lichen les deux visages aimés qui
s’y incrustaient. Depuis des mois, elle enfouissait dans ses propres fissures
l’écho de leurs voix. Elle ne parvenait qu’à essuyer de ses yeux la rosée qui
s’y attardait. Les façades des maisons disparaissaient dans le
brouillard épais. La rue
absorbait ses pensées : pensées diffuses, diluées dans un présent et un passé
qui s’imbriquaient. |
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